19 mai 2007

Arthur Rimbaud, sa vie, son oeuvre

Jean Nicolas Arthur Rimbaud, poète français, naît le 20 octobre 1854 à Charleville, localité où il s'ennuie, dans une famille où le père est très souvent absent et où la mère a des principes stricts.

Arthur Rimbaud, sa vie, son oeuvre

Sa jeunesse

Son père, capitaine d'armée, en garnison à Mézières, a fait l'Algérie où il a gagné la légion d'honneur. Il rencontre Vitalie Cuif, une jeune paysanne de Roche, petite bourgade près d'Attigny, installée à Charleville. Il aura avec elle 5 enfants (Frédéric, Arthur, Victorine, Vitalie et Isabelle), avant d'abandonner sa famille.
Au départ du père, Vitalie emménage avec ses enfants dans un taudis, rue de Bourbon, une des plus misérables de Charleville. Arthur à 7 ans.
« L'âpre brise d'hiver qui se lamente au seuil : Souffle dans le logis son haleine morose ! (...) : Et là, c'est comme un lit sans plume, sans chaleur, : Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur ;: Un nid que doit avoir glacé la bise amère ... » (Les Étrennes des orphelins)
Il suit ses études à l'institution Rossat, puis au collège, où il a une scolarité exceptionnelle et montre une prodigieuse précocité : il collectionne tous les prix d'excellence, en littérature, version, thème et rédige avec virtuosité en latin des poèmes, des élégies, des dialogues, mais son âme bout en lui :
« Tout le jour il suait l'obéissance ; très Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits semblaient prouver en lui d'âpres hypocrisies : Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies, En passant il tirait la langue, les deux poings : À l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.» (Poètes de sept ans)
En juillet 1869, il participe aux épreuves du concours général de composition latine sur le thème « Jugurtha », qu'il remporte haut la main, le principal du collège M. Desdouets dira de lui : « Rien de banal ne germe dans cette tête, ce sera le génie du Mal ou le génie du Bien. » En raflant tous les prix, il s'affranchit des humiliations de la petite enfance.


Son essor vers la poésie


En 1870, il fait la connaissance de , un professeur remplaçant en « classe de Rhétorique » (Première actuelle), qui deviendra pour lui un père de substitution, une sorte de rempart contre sa mère castratrice, qu'il surnomme « maman fléau » et surtout un guide sur les chemins de la poésie, car le jeune Arthur s'est « reconnu poète ».
De cette époque, nous avons les premiers vers : les Etrennes des Orphelins, Soleil et Chair et Ophélie. L'orientation poétique est alors clairement celle du Parnasse, la revue collective, le Parnasse contemporain, initia Arthur Rimbaud, à la poésie de son temps. Dans une lettre du 24 mai 1870, envoyée au représentant de ce mouvement, Théodore de Banville, Arthur, alors âgé de 16 ans, affirme vouloir devenir Parnassien ou rien. Dans son courrier il joignit plusieurs poèmes (Ophélie, Sensation, Soleil et chair), afin obtenir son appui auprès de l'éditeur Alphonse Lemerre.
Son poème « À la musique », écrit à l'automne 1870, montre bien son mal être de vivre à Charleville.
Ressentant alors très profondément la tragédie de la Commune, l'enfant-poète veut rejoindre Paris. Le jour même où Napoléon III et l'armée impériale entrent dans Rethel, Arthur s'enfuit de Charleville, direction Paris, où il veut devenir journaliste. Cette aventure s'achève à la prison de Mazas et le retour à Charleville, où sa mère lui flanque une volée mémorable au milieu du quai de la Madeleine, à côté de l'actuel Musée Rimbaud. Mais ce n'est que le début d'une longue série de fugues, car Arthur est atteint d'un besoin maladif de marcher, encore et encore, pour aborder vers un autre monde par-delà les océans et les montagnes, toujours plus loin. Verlaine dira de lui : un « voyageur loqué ».
Durant son séjour à Paris, Arthur, logea en février-mars 1871, chez Théodore de Banville. Mais dès le mois de mai, Arthur dans ses lettres dites « du voyant » exprima sa différence, et en août 1871, dans son poème parodique, « Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs », exprime une critique ouverte de la poétique de Banville.
Dans un poème violent L'orgie parisienne ou Paris se repeuple, il dénonce la lâcheté des vainqueurs. À la défaite contre la Prusse en 1871, sa poésie se radicalise encore, devient de plus en plus sarcastique: Vénus Anadyomène, par exemple. L'écriture elle-même se transforme progressivement, Rimbaud en vient à détester la poésie des Parnassiens, et dans la célèbre Lettre à Paul Demeny ou Lettre du Voyant, il affirme son rejet de la « poésie subjective ».
C'est également dans cette lettre qu'il expose sa propre quête de la poésie : il veut se faire « voyant », par un « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ». C'est ainsi que Rimbaud, l'élève surdoué, refuse de retourner au lycée, fugue et boit de l'absinthe. Appelé par Paul Verlaine à qui il a envoyé quelques poèmes, il commence avec son aîné une vie de vagabondage. Il n'a que dix-sept ans.
Cette liaison tumultueuse se termine par un échec : en 1873, les deux amants sont à Londres. Verlaine quitte brusquement Rimbaud en affirmant vouloir rejoindre sa femme, décidé, si elle n'accepte pas, à se tirer une balle dans la tête. Il réside dans un hôtel à Bruxelles. Rimbaud le rejoint, persuadé que Verlaine n'aura pas le courage de mettre fin à ses jours. Alors que Rimbaud veut le quitter Verlaine, ivre, tire à deux reprises sur son amant, le blessant légèrement au poignet. Verlaine est incarcéré à Mons, Rimbaud rejoint la ferme familiale de Roche (Ardennes) où il écrit Une saison en Enfer.
Une saison en Enfer est une biographie hallucinée du parcours de Rimbaud. L'écriture chaotique est sans cesse traversée par une multiplicité de voix intérieures. Rimbaud y crie sa souffrance, son expérience intime : il a compris qu'il ne pouvait « voler le feu » pour lui seul. Une « ardente patience » est indispensable pour que la défaite ne soit pas définitive. Mais vouloir oublier « l'Enfer », c'est trahir l'humanité. Pourtant, dans la solitude atroce de la Ville, la fatigue étreint le jeune poète.
Régulièrement aphasique ou traversé par des cris de haine pour l'Église, pour la société du XIXe siècle qui enferme l'individu, Rimbaud fait part au lecteur de ses échecs : échec amoureux, et l'on peut penser à sa relation avec Verlaine, mais aussi au fait que pour lui, « l'amour est à réinventer ». Échec aussi de sa démarche de Voyant : c'est un être qui, seul, a voulu se damner pour retrouver le vrai sens de la poésie.
Les poèmes écrits par la suite, presque toutes ces Illuminations s'achèvent par l'irruption de « la réalité rugueuse à étreindre ». Aussi va-t-il se taire, à vingt-et-un ans, parce qu'il a accompli tout ce qui était en son pouvoir, dans le « désert et la nuit » qui l'entourent. Il sait désormais qu'à elle seule, la poésie ne peut changer la vie.

Son aventure africaine

À 24 ans, le jeune poète abandonne le monde de la littérature et des salons pour vivre l'aventure comme remède à l'ennui, voguant vers des pays aux noms qui font rêver (Yémen, Djibouti, Éthiopie, Érythrée), mais qui ne seront que le théâtre d'une longue dérive personnelle, et dans lesquels il finira par se perdre.
Arrivant à Aden, il se revendique, comme travailleur manuel, simple ouvrier. Le 7 août 1880, il s'installe comme contremaître des trieuses de café de la compagnie Bardey. À l'époque, le port de Mokha connaissait un commerce florissant grâce au café.
En décembre 1880, il arrive à Harar en Abyssinie, la cité aux 99 minarets. La légende raconte qu'il fut l'un des premiers Occidentaux à pénétrer dans cette ville sainte de l'islam. Il devient gérant d'un comptoir commercial et pratique le commerce de l'ivoire, du café, des peaux et de l'or, qu'il échange contre des tissus de Lyon, des casseroles, de la biboleterie. Il se livrera aussi au commerce des armes, la région étant agitée de nombreux conflits à l'époque. En revanche, la légende faisant de Rimbaud un négrier est infondée : il est seulement vrai qu'il demandera, en 1889, un couple d'esclaves à un ami « pour son service personnel » (qu'il n'aura d'ailleurs jamais).
Cependant, au Harar comme ailleurs, Rimbaud s'ennuie toujours, et dans une de ses lettres à sa famille, il dit : « Je m'ennuie beaucoup, toujours ; je n'ai même jamais connu personne qui s'ennuyât autant que moi. »
En 1891, il se fait rapatrier, une tumeur au genou s'est déclarée et il devra se faire amputer. Le 24 juillet 1891, il débarque à la gare de Vonq, à 3 kilomètres de Roche, avec sa béquille et sa nouvelle jambe de bois. Mais la gangrène n'ayant pu être enrayée, il repart un mois plus tard, en train, pour aller « faire une bonne mort » à Marseille, où il mourra le 10 novembre 1891, à l'âge de 37 ans, dans d'atroces souffrances, veillé par sa soeur cadette Isabelle. Sur son lit d'agonie, il supplia qu'on le fasse « remonter à bord pour « partir pour Suez ».
Son ami Paul Verlaine résuma d'une phrase les années d'errance de Rimbaud, : « (...) il ne fit plus rien que de voyager terriblement et de mourir très jeune. »

Son apport à la poésie


Pourquoi cette écriture personnelle, cette quête absolue de l'essence de la poésie ont-elles eu autant de retentissement ?
Tout d'abord parce que l'écriture de Rimbaud donne l'exemple universel d'une expérience des limites, chacun ayant au cours de son existence ressenti cette révolte que le poète maudit, larguant toutes les amarres, pousse à son comble alors que l'homme se contente de l'abriter frileusement sous le masque social.
Rimbaud a aussi inventé une langue nouvelle, comme il la souhaitait : de l'âme pour l'âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant (''Lettre du voyant''). Pas de description minutieuse : une forme, une violence charnelle dans la couleur éclatante. Par ses visions, les êtres, les objets s'animent et s'unissent dans la vie de l'image. Ce nouveau verbe poétique a fait sauter les normes de la civilisation et de la détermination sociale. (Voir Art poétique)
Avec lui, la poésie a la couleur de la musique et de la peinture, le mouvement de la danse et du rêve. Il souhaitait que d'horribles travailleurs lui succèdent. Et ils sont venus, les Jarry, les Artaud, les Vitrac et tous les Surréalistes ! Comme Le Bateau ivre, ils ont plongé au fond de l'inconnu, ouvrant la voie à la poésie contemporaine.
Son apport à la poésie
Pourquoi cette écriture personnelle, cette quête absolue de l'essence de la poésie ont-elles eu autant de retentissement ? Tout d'abord parce que l'écriture de Rimbaud donne l'exemple universel d'une expérience des limites, chacun ayant au cours de son existence ressenti cette révolte que le poète maudit, larguant toutes les amarres, pousse à son comble alors que l'homme se contente de l'abriter frileusement sous le masque social. Rimbaud invente aussi une langue nouvelle, comme il la souhaite : « de l'âme pour l'âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant » (Lettre du voyant). Pas de description minutieuse : une forme, une violence charnelle dans la couleur éclatante. Par ses visions, les êtres, les objets s'animent et s'unissent dans la vie de l'image. Ce nouveau verbe poétique fait sauter les normes de la civilisation et de la détermination sociale. Avec lui, la poésie a la couleur de la musique et de la peinture, le mouvement de la danse et du rêve. Il souhaite que « d'horribles travailleurs » lui succèdent. Et ils sont venus, les Jarry, les Artaud, les Vitrac et tous les surréalistes, sans oublier les poètes du Grand Jeu comme René Daumal, ou encore Henri Michaux. Comme Le Bateau ivre, ils ont plongé au fond de l'inconnu, ouvrant la voie à la poésie contemporaine.

Monuments

Une sculpture d'Ipousteguy, située place du Père Teilhard de Chardin dans le 4e arrondissement de Paris, est une commande du président de la République, François Mitterrand. L'artiste l'a découpée en deux pour exprimer le surprenant destin du poète, toujours entraîné vers l'ailleurs, d'où le titre de l'œuvre : L'Homme aux semelles devant — allusion à « l'homme aux semelles de vent », surnom que lui avait donné Verlaine.
À Marseille, sur la plage du Prado, est exposée depuis 1989 une sculpture de Jean Amado dédiée au Bateau ivre, accompagnée d'une citation du célèbre poème :
« Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants, je sais le soir,
L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir ! »

Posté par Faraday à 02:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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